Le constat est frappant. En dépit d’une reprise économique soutenue, l’inadéquation entre l’offre et la demande sur le marché du travail persiste. Selon les données officielles, près de 100 000 offres d’emploi restent vacantes à fin 2025, signe d’une difficulté structurelle à faire correspondre les compétences disponibles avec les besoins réels du tissu économique. Dans le même temps, quelque 900 000 chercheurs d’emploi sans diplôme et environ 280 000 jeunes en situation de déperdition scolaire cherchent encore une voie d’accès stable au monde du travail.
Pour répondre à ce défi, le ministère de l’Inclusion économique, de la Petite entreprise, de l’Emploi et des Compétences, dirigé par Younes Sekkouri, a dévoilé, vendredi à Rabat, le dispositif IDMAJ. Piloté en partenariat avec l’Agence nationale de promotion de l’emploi et des compétences (ANAPEC), ce mécanisme vise à favoriser l’insertion professionnelle de jeunes non diplômés à travers une approche fondée sur l’apprentissage et l’adaptation des compétences aux besoins des entreprises.
Concrètement, IDMAJ a pour objectif de porter à 100 000 le nombre d’insertions professionnelles annuelles, en couvrant près de 200 métiers dans des secteurs variés tels que l’artisanat, l’industrie, le textile ou encore le commerce. Ces parcours sont structurés autour de formations d’adaptation de 3 à 6 mois, suivies d’un accompagnement actif de l’ANAPEC pour la mise en emploi.
« Il ne s’agit pas d’un simple ajustement technique », a insisté le directeur général de l’ANAPEC, Abdellah Chouikh. « C’est un choix stratégique qui promeut l’équité et l’égalité des chances, tout en répondant aux exigences du marché et aux aspirations des jeunes. » L’objectif affiché est d’élargir le dispositif pour toucher jusqu’à 400 000 bénéficiaires par an, incluant notamment les travailleurs saisonniers et d’autres profils éloignés de l’emploi formel.
Plusieurs chefs d’entreprise présents à la cérémonie ont témoigné d’un retour d’expérience positif sur les premiers cohortes intégrés. « Nous constatons une forte implication et une loyauté remarquable de la part de ces jeunes, souvent supérieure à ce que l’on observe chez d’autres profils », confie un responsable d’une PME industrielle. À fin février 2026, près de 10 000 contrats d’intégration avaient déjà été enregistrés, révélant l’intérêt réel des employeurs pour ce type de profils motivés.
La dynamique ne s’arrête pas là. Des partenariats avec plusieurs fédérations professionnelles ont été actés pour générer plus de 30 000 opportunités d’emploi chaque année dans des secteurs stratégiques comme le bâtiment et travaux publics (BTP), l’industrie, la restauration ou encore le commerce. L’ambition est claire : faire de l’entreprise non seulement un lieu de production, mais un espace de formation, d’apprentissage et d’intégration socio‑économique.
Pour de nombreux jeunes, cette initiative représente une bouffée d’air frais. Après des mois, voire des années, de recherche d’emploi sans réponse, pouvoir intégrer une structure, acquérir des compétences opérationnelles et entrer dans la vie active constitue une première victoire. « Obtenir cette chance de prouver ce que je sais faire change tout », confie un jeune bénéficiaire du programme.
Mais au‑delà des parcours individuels, IDMAJ ouvre une discussion plus large sur la manière dont le Maroc aborde l’insertion professionnelle et l’adéquation des compétences aux besoins de l’économie. À une époque où les entreprises se plaignent fréquemment d’un manque de profils qualifiés, le dispositif montre une volonté d’impliquer les jeunes non diplômés dans un processus d’apprentissage structuré et valorisant.
Si les premiers résultats sont prometteurs, la réussite d’IDMAJ dépendra de sa capacité à s’inscrire dans la durée et à renforcer les liens entre formation, employabilité et aspiration des jeunes. Plus qu’un simple programme, c’est une nouvelle trajectoire pour une génération en quête de perspectives concrètes sur le marché du travail marocain.